Comment repérer les premiers signes d’épuisement professionnel (et que faire pour y remédier)
15 janvier 2026 | 9 minutes de lecture
Vous vous détendez après une longue journée et, au lieu de prendre un livre ou d’écouter un balado, vous pensez déjà à ce qui vous attend : un autre réveil matinal, une journée de travail bien remplie et une liste de tâches qui ne semble jamais diminuer. Vous vous dites que ce n’est qu’une période chargée, mais cette « période » semble ne jamais prendre fin.
Pour beaucoup de personnes, la frontière entre le sentiment d’être motivé et celui d’être épuisé peut devenir floue. Près de la moitié des travailleurs canadiens affirment se sentir épuisés, un chiffre qui n’a cessé d’augmenter ces dernières années.1 Selon les données de Manuvie sur les demandes de règlement, en 2024, le nombre de personnes ayant présenté une demande de règlement liée à la santé mentale a augmenté de 10,2 % par rapport à l’année précédente.2
Bien qu’il ne s’agisse pas d’un diagnostic psychiatrique officiel, l’épuisement professionnel est largement reconnu par les professionnels de la santé.3 « L’épuisement professionnel correspond à un état d’épuisement émotionnel, physique et mental », explique la Dre Claire Harrigan, psychiatre à la Cleveland Clinic Canada, qui agit à titre de directrice médicale pour l’assurance collective de Manuvie. « Les personnes en situation d’épuisement professionnel décrivent souvent un sentiment d’engourdissement émotionnel ou de détachement à l’égard de leur travail ou de leurs relations. Elles peuvent se sentir impuissantes à changer leur situation, même honteuses, comme si elles devraient être capables de faire face aux défis, mais n’avaient tout simplement pas l’énergie nécessaire. »
Contenu connexe : Peut-on prévenir la depression?
Un expert explique quels sont les facteurs que nous pouvons et ne pouvons pas contrôler lorsqu'il s'agit de prévenir la maladie mentale la plus répandue au Canada.
En revanche, le stress du quotidien, bien que désagréable, peut souvent nous motiver à agir et à résoudre des problèmes. « Lorsque nous gérons un stress normal, nous avons encore l’impression que nos actions peuvent avoir un effet positif », explique la Dre Harrigan. « L’épuisement professionnel, en revanche, survient lorsque le réservoir est complètement vide. »
La bonne nouvelle? L’épuisement professionnel s’installe graduellement, ce qui laisse le temps d’en reconnaître les premiers signes et d’intervenir à l’aide de stratégies préventives. Voici six conseils recommandés par la Dre Harrigan pour prévenir et gérer l’épuisement professionnel avant qu’il ne s’aggrave.
1. Reconnaître les premiers signes
Si vous remarquez de l’irritabilité, de l’épuisement ou une perte de motivation, ce sont des signes que vos réserves s’épuisent et qu’il est temps d’agir. Des changements dans le sommeil, qu’il s’agisse d’insomnie ou d’excès de sommeil, sont également des signes précurseurs. Des difficultés à se concentrer ou des erreurs inhabituelles peuvent ensuite survenir.
L’évitement est un autre indicateur clé d’un épuisement professionnel en devenir. « Lorsque vous commencez à vous soustraire aux activités professionnelles et aux rencontres sociales, c’est souvent la façon dont votre esprit vous dit : “J’ai besoin de me protéger” », explique la Dre Harrigan.
Sans intervention, l’épuisement chronique et le détachement peuvent nuire à votre rendement au travail, à la qualité de vos relations et même à votre santé physique. « Une fois ce stade atteint, il devient très difficile de s’en sortir seul. »
2. Prendre le temps de faire une introspection
La Dre Harrigan recommande de prendre régulièrement le pouls de votre niveau d’énergie. « Posez-vous la question : qu’est-ce qui m’épuise? Qu’est-ce qui me redonne de l’énergie? » explique-t-elle. Il peut être utile de consigner vos observations dans un journal ou une application sur votre téléphone afin de suivre la durée de certains états et de voir s’ils s’intensifient avec le temps.
Connaître vos facteurs de risque peut également aider à atténuer l’épuisement professionnel. La Dre Harrigan souligne que les personnes qui occupent des emplois au rythme soutenu, en contact direct avec la clientèle ou émotionnellement exigeants y sont généralement plus vulnérables. Les jeunes travailleurs présentent aussi un risque accru, en partie en raison du coût de la vie et de l’incertitude professionnelle. Par ailleurs, les femmes sont 50 % plus susceptibles de se sentir en situation d’épuisement professionnel extrême.4 Cela peut s’expliquer par le fait qu’elles assument souvent les responsabilités liées aux soins des enfants ou qu’elles agissent comme proches aidantes auprès d’un parent âgé, en plus d’être davantage à risque de souffrir de troubles de l’humeur ou d’anxiété préexistants.
3. Établir des limites entre le travail et la vie personnelle
La culture du travail moderne fait en sorte que le stress peut facilement s’infiltrer à toute heure de la journée, y compris pendant ce qui devrait être du temps personnel. « La pandémie a brouillé ces frontières pour beaucoup d’entre nous », explique la Dre Harrigan. « Il peut être utile de réfléchir à la manière de rétablir un équilibre plus sain entre le travail et la vie personnelle. »
Une approche consiste, par exemple, à fixer une heure limite après laquelle vous cessez de répondre aux messages professionnels en soirée, ou à utiliser des appareils distincts pour le travail et la vie personnelle. Les fins de semaine et les journées de congé peuvent également être plus réparatrices lorsque l’on se libère de la pression d’être constamment productif. « Accordez la priorité au repos, sans culpabilité. Reconnaissez que votre esprit et votre corps ont besoin de temps pour récupérer, et donnez-vous la permission de le prendre », souligne la Dre Harrigan. « Des limites saines ne sont pas un luxe, ajoute-t-elle, elles sont essentielles au bien-être à long terme. »
Il est également important de reconnaître que certaines situations échappent à notre contrôle et peuvent susciter de l’anxiété ou de l’incertitude. Dans ces moments-là, s’en tenir à une routine ou établir un horaire peut s’avérer bénéfique. Instaurer un rythme quotidien, avec des repères clairs entre les différentes tâches, peut renforcer le sentiment de confiance et rappeler que l’on a le pouvoir de créer une certaine stabilité.
4. Tirer parti des ressources de soutien disponibles
Votre médecin de famille peut être votre première ligne de défense contre l’épuisement professionnel. Il procédera généralement à une évaluation complète afin de déterminer si votre épuisement est lié à une situation ponctuelle et passagère, ou s’il pourrait être le signe d’un problème de santé mentale plus sérieux, explique la Dre Harrigan. Selon les résultats, votre médecin pourra recommander les prochaines étapes du traitement, qui peuvent aller de simples ajustements au mode de vie à une psychothérapie structurée et, dans certains cas où un trouble de santé mentale sous-jacent est présent, à un traitement médicamenteux.
Continuez à vous informer : Services de consultation en santé mentale - Assurance collective
Vérifiez si votre régime d’assurance collective couvre les séances de thérapie et de consultation avec des professionnels en santé mentale.
Si votre milieu de travail propose un programme d’aide aux employés et à leur famille (PAEF), une couverture pour des services de consultation ou des jours de congé pour raisons de santé mentale, il peut s’agir de ressources précieuses à envisager. Même des rencontres préventives avec un thérapeute peuvent vous aider à prendre du recul, à acquérir des outils pour mieux gérer le stress et à établir ces limites si importantes.
Il peut également être utile de se tourner vers sa famille et ses amis. Ils seront probablement plus en mesure de comprendre votre expérience que vous ne le pensez. « La honte empêche souvent les gens de s’exprimer, mais l’épuisement professionnel est extrêmement courant », explique la Dre Harrigan. « Lorsque vous vous ouvrez, vous découvrez fréquemment que d’autres vivent la même chose et qu’il est même possible d’échanger des stratégies d’adaptation utiles. »
5. Accorder la priorité aux petites pauses et au repos véritable
« Certaines personnes se disent qu’elles se reposeront une fois en vacances, explique la Dre Harrigan, mais le repos véritable doit faire partie du quotidien, et non se limiter à une ou deux périodes par année. »
Envisagez d’intégrer de petites pauses dans votre journée : faites des étirements entre deux réunions, sortez prendre l’air quelques instants ou accordez-vous quelques minutes pour respirer profondément. Accorder une importance au sommeil régulier et à des moments de détente où vous pouvez réellement décrocher peut grandement contribuer à soutenir votre bien-être à long terme. Considérez le repos comme une forme de récupération – un investissement actif dans votre énergie future, votre résilience et votre capacité de concentration.
6. Déléguer, déléguer, déléguer
Selon la Dre Harrigan, les personnes à risque d’épuisement professionnel ont souvent un point commun : elles essaient de tout faire elles-mêmes. « Les perfectionnistes et les grands performeurs sont particulièrement vulnérables. Ils ont du mal à déléguer parce qu’ils pensent que personne d’autre ne le fera aussi bien qu’eux. »
Pourtant, partager les tâches – au travail comme à la maison – est essentiel pour préserver son énergie. Vous pourriez commencer par identifier ce que vous seul pouvez faire et ce que d’autres peuvent faire à votre place.
Prévenir les rechutes
Se remettre d’un épuisement professionnel peut être un nouveau départ, mais c’est aussi une période de vulnérabilité. Les vieilles habitudes et les pressions peuvent réapparaître subtilement, surtout si l’on reprend trop vite le rythme qui a conduit à l’épuisement. Rester conscient de ses limites permet de rendre la récupération durable.
La Dre Harrigan souligne l’importance d’une intervention précoce et de la conscience de soi. En apprenant à reconnaître vos signes d’alerte personnels – troubles du sommeil, irritabilité ou fatigue, par exemple – vous pouvez agir avant d’atteindre un état de crise. « Si vous avez déjà vécu un épisode d’épuisement, vous reconnaîtrez probablement ces signaux plus rapidement la prochaine fois. »
L’épuisement professionnel peut être fréquent, mais il n’est pas inévitable. En fixant des limites, en demandant de l’aide et en accordant la priorité au repos, vous pouvez développer une résilience durable.
La prévention au travail
Votre régime d’avantages sociaux peut couvrir les frais liés aux services de santé mentale et inclure des ressources pour vous aider à prendre soin de votre santé mentale et de votre bien‑être général. Recherchez les avantages suivants dans votre régime :
- Programme d’aide aux employés et aux membres de leur famille (PAEF)
Une aide immédiate et confidentielle lorsque vous en avez le plus besoin. - Services de consultation en santé mentale
Un point d’accès numérique pour une connexion plus rapide et plus facile aux soins. - Soins de santé en ligne (santé virtuelle)
Accès en tout temps à des professionnels de la santé offrant des soins primaires, des soins en santé mentale et d’autres soins de mieux-être, partout au Canada. - Médecine personnalisée (pharmacogénétique)
Pour vous aider à trouver plus rapidement le bon médicament afin d’améliorer votre état de santé.
Votre vie privée est importante : tous les services sont confidentiels et vos renseignements personnels sur la santé sont protégés.
Les participants peuvent aussi avoir accès à des conseils et des ressources en matière de santé mentale sur l’application Services mobiles Manuvie.
Les employeurs peuvent en savoir plus sur les services de consultation en santé mentale et de conseil de Manuvie ici.
Les employeurs peuvent donner le ton
Si les personnes peuvent prendre des mesures concrètes pour prévenir l’épuisement professionnel, les organisations jouent un rôle crucial pour rendre ces efforts durables. « Tout commence par la culture et par l’exemple donné par les dirigeants », explique la Dre Harrigan. « Lorsque les dirigeants prennent des pauses, délèguent et préservent leurs propres temps de repos, cela établit un précédent sain. »
Pour les gestionnaires, une approche efficace consiste à encourager les congés et à montrer l’exemple en respectant ces moments de repos. Créer un espace où les employés peuvent se déconnecter sans craindre de prendre du retard ou de décevoir leur équipe peut faire une réelle différence. Comme le souligne la Dre Harrigan : « Si des collègues consultent leurs courriels pendant leurs vacances, les autres se sentent obligés de faire de même. Cet état d’esprit favorise l’épuisement professionnel. »
Cet article est fourni à titre indicatif seulement. Il ne vise pas à diagnostiquer ou à traiter un problème de santé. Si vous avez des questions ou des inquiétudes concernant votre situation ou si vous souhaitez obtenir des conseils médicaux, consultez votre médecin ou votre fournisseur de soins de santé.
Cleveland Clinic Canada
Manuvie est fière de compter sur l’aide de Cleveland Clinic Canada pour diriger le volet médical de ses activités d’assurance collective. Cleveland Clinic Canada possède une vaste expérience en soins de santé et a le même objectif que Manuvie, soit celui d’aider les Canadiens à mener une vie meilleure, plus longue et en meilleure santé. C’est une organisation à but non lucratif qui est à l’avant-garde de la médecine moderne depuis 1921. Au cours des dernières années, Cleveland Clinic a travaillé avec des entreprises progressistes au Canada et partout dans le monde pour mettre à l’avant-plan la santé et le bien-être des membres de leur personnel, de leur clientèle et des collectivités.