Conçue pour la santé – Interactions : l’esprit ludique

Narrateur

Croyez-le ou non, vous possédez le mécanisme le plus perfectionné de l’univers –  votre cerveau. Aujourd’hui, dans le cadre de notre stratégie Conçue pour la santé – Interactions, nous continuons d’examiner comment on peut accorder le système d’intelligence humaine de manière à favoriser la santé, le bonheur et le succès. Voici votre animatrice, Nicole Welbanks.

Nicole Welbanks

Au nom de l’Assurance collective Manuvie, bienvenue au programme Conçue pour la santé – Interactions. Je m’appelle Nicole Welbanks, et aujourd’hui, nous poursuivons notre entretien avec la Dre Shimi Kang. Shimi est médecin et professeure clinicienne à l’Université de la Colombie-Britannique. Elle est une auteure à succès, une conférencière d’honneur, et une spécialiste reconnue en neuroscience de l’innovation, du leadership et de la motivation. Dans le cadre de son travail, elle fournit des solutions fondées sur la science pour promouvoir la santé, le bonheur et l’accomplissement au travail, en classe et à la maison. Nous sommes heureux de vous accueillir de nouveau Shimi.

Dre Shimi Kang

Bonjour, Nicole. Ravie de vous retrouver.

Nicole Welbanks

Shimi, dans cette série, vous nous avez aidés à comprendre le véritable potentiel du système d’intelligence humaine. Nous avons examiné comment les gens peuvent utiliser leurs multiples centres d’intelligence pour prendre de meilleures décisions à l’égard de leur santé, de leur travail et de leur vie personnelle. Jusqu’ici, nous avons parlé du cerveau-intestin et du cerveau-cœur.

Aujourd’hui, nous allons explorer le cerveau que nous devrions connaître le mieux – celui qui se trouve dans notre tête. Alors, parlez-nous un peu de ce cerveau et des moments où nous devrions écouter ce cerveau plutôt que celui qui réside dans notre intestin ou dans notre cœur.

Dre Shimi Kang

Merci, Nicole, pour ces excellentes questions. Alors, c’est tellement impressionnant parce que maintenant, la science nous dit qu’on n’a pas un seul cerveau mais en fait, plus que trois. C’est ce qu’on appelle un cerveau décentralisé. Il y a donc de l’intelligence, même dans nos mains. Nous avons des neurones sensoriels, dont je vais vous parler dans le contexte du jeu.

Mais notre cerveau-tête ou notre gros cerveau ressemble à ceci. Il est unique aux humains. Et ce qui est surtout important quand on pense à Homo sapiens, c’est que ce mot sapiens signifie « penser ». Le néocortex, qui est la nouvelle partie de notre cerveau, est vraiment ce qui nous rend uniques. Donc, ceci est la région frontale. C’est cette partie supérieure qui nous permet de parler les uns avec les autres, d’avoir un langage, de réfléchir et de planifier à long terme.

Par exemple, une bactérie peut s’éloigner du danger, mais sans savoir pourquoi. C’est une réaction instinctive. Mais un être humain s’éloigne du danger, comprend pourquoi, puis planifie comment se mettre à l’abri la prochaine fois.

Notre gros cerveau est constitué de centaines de millions de neurones, chacun étant relié à plus de mille milliards de connexions, et on reconnaît que c’est la chose la plus sophistiquée dans tout l’univers. Je crois que tout le monde gagnerait vraiment à mieux comprendre comment il fonctionne.

Nicole Welbanks

Quels types de décisions ce cerveau est-il le plus apte à prendre?

Dre Shimi Kang

Oui, donc le cerveau dans notre tête interagit avec tout notre corps. Il reçoit de l’information, disons, de notre cerveau-intestin et de notre cerveau-cœur. Et quand on est en état de calme ou de repos, tout fonctionne de concert. C’est en fait le cerveau que vous voulez utiliser. Alors, voilà notre système entier, ou notre cerveau global ou décentralisé.

Si on divise ce cerveau, il est très performant du côté gauche sur le plan de la logique, des compétences techniques, de la mémoire et du fonctionnement cognitif. Par ailleurs, on a entendu dire que le cerveau droit contrôle davantage la réflexion globale, l’empathie et les émotions, mais ce n’est pas vraiment le cas. C’est un faux débat – notre cerveau entier est le fruit d’une synthèse.

Et ce qu’il aime faire – et les gens ne savent pas cela – il adore vraiment jouer. Il aime apprendre par essais et erreurs. Il aime essayer de nouvelles choses, des nouveautés. Ce cerveau a évolué principalement lorsque nous étions des chasseurs-cueilleurs dans la nature, explorant notre environnement. Et donc, on a vraiment besoin de le stimuler par la nouveauté, l’exploration et l’essai de nouvelles choses.

Nicole Welbanks

Lorsqu’on pense aux gens qui nous écoutent et qui dirigent une entreprise, une organisation ou une équipe, que peuvent-ils faire pour inspirer leurs employés? Comment peuvent-ils utiliser leur cerveau-tête pour aider leurs employés à faire face à la crise sanitaire actuelle, aux pressions à la maison, aux exigences au travail et à d’autres facteurs de stress personnels?

Dre Shimi Kang

Oui, c’est vraiment intéressant. Nous vivons à une époque où les changements n’ont jamais été aussi rapides. Cela crée un stress sans précédent. La déconnexion et la solitude s’accentuent, et pourtant, on n’a jamais eu autant besoin de s’adapter et d’innover. Étant donné que les choses évoluent si rapidement, il n’y a pas de guide, disons, pour gérer une pandémie.

Donc, ce dont on a besoin maintenant, c’est de puiser dans l’ensemble de notre système d’intelligence, et surtout dans ce cerveau pensant à l’origine de l’innovation et de l’adaptabilité. Alors, j’aime dire aux gens d’introduire davantage le jeu au travail et à la maison.

Le jeu peut être une activité, mais c’est en fait un état d’esprit. C’est un état d’esprit qui consiste à pressentir quelque chose du point de vue d’un débutant ou d’un enfant. Lorsqu’ils jouent. Ils ne sont pas stressés, ils explorent, ils essaient de nouvelles choses. Donc, l’esprit ludique est ce qui mène à un échange d’idées, à l’adaptabilité, à l’innovation et aussi, bien sûr, aux activités ludiques.

Nicole Welbanks

Cette idée du jeu est très intéressante. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet?

Dre Shimi Kang

N’est-ce pas? Oui, le jeu est un sujet fascinant. Vous savez, j’ai écrit des livres complets sur ce thème. En fait, le jeu est omniprésent. Tous les animaux jouent, allant des dauphins aux ours polaires. Et plus l’animal est sophistiqué, plus il est censé jouer, surtout à l’âge adulte.

Donc, le jeu est en fait ce qui active la région frontale de notre cerveau. C’est notre voie directe vers l’adaptabilité et l’innovation. Il existe sept types de jeux, et chacun a un objectif très important.

Il y a ce qu’on appelle le mouvement corporel, le jeu, pensez à la danse, aux exercices Pilates, à la lutte. Quand mes garçons étaient enfants et se bataillaient, je n’aimais pas tellement ça, surtout lorsque ça se passait au restaurant. Toutefois, au cours de mes recherches, j’ai réalisé que les mouvements du corps comme pousser, tirer, tomber à la renverse et se relever avaient pour effet de renforcer le cervelet, cette région ici, qui améliore nos relations sociales et notre résilience, notre capacité à tomber et à nous relever. Lorsqu’on se tiraille et s’empoigne en jouant, on est moins susceptible de se faire intimider et plus enclin à s’affirmer face à autrui.

Il y a le jeu du récit et le jeu imaginaire qui peuvent plaire aux adultes. Qu’est-ce que c’est? J’appelle cela la visualisation, et elle s’appuie sur un ensemble de concepts scientifiques. On sait que lorsque les joueurs de tennis, de basketball ou de golf visualisent leur tir, cela signale à l’ensemble du système nerveux ce qui est important pour eux. C’est comme ça que les adultes imaginent au moyen de la visualisation.

Et le jeu festif, simplement prendre le temps de fêter, et comme je l’ai dit, vous ne fêteriez jamais si vous étiez pourchassé par un tigre.

Alors, le jeu est vraiment fascinant. C’est notre voie la plus rapide vers l’adaptabilité. J’aime mentionner que des scientifiques des National Institutes of Health ont mené des recherches sur le jeu. Et ils ont constaté que lorsqu’on empêchait les comportements ludiques chez les animaux, ils étaient incapables de s’adapter pour faire face à une menace dans leur environnement.

Une étude portait sur des rats, en fait sur des souris, qui ont été initiés à l’odeur du danger, en leur faisant sentir le collier d’un chat. Tous les rats intelligents ont sauté dans un trou, puis, ceux à qui on a permis de jouer sont sortis lentement du trou et ont vécu une vie de rat heureuse. Les autres sont morts dans le trou. Ils n’ont pas pu essayer quelque chose de nouveau, ils n’ont pas pu explorer, ils n’ont pas pu prendre ces petits risques pour explorer leur environnement. Le jeu est donc essentiel à notre survie, à notre épanouissement et à notre succès.

Nicole Welbanks

Pour enchaîner sur votre idée du jeu, je sais qu’une grande partie de votre travail porte sur les familles et les enfants. Comment les parents peuvent-ils inspirer leurs enfants à utiliser efficacement tous ces centres d’intelligence?

Dre Shimi Kang

Oui, eh bien, maintenant vous me faites parler de LA chose qui souvent nous empêche de prendre soin de nous-mêmes et de nous détendre, de communiquer les uns avec les autres d’une manière enrichissante et d’utiliser notre cerveau ou notre processus cognitif.

Nous savons que ce qui est le plus populaire en ce moment, c’est la technologie, et en fait, la pratique des jeux vidéo et les médias. Les jeunes passent de sept à neuf heures par jour sur leurs appareils. Après l’école ou les devoirs. Les adolescents consultent leur téléphone plus de 200 fois par jour.

Et malheureusement, souvent, ce qu’ils consomment est ce que j’appelle une technologie toxique, vous savez, la haine, la cyberintimidation, la crainte de passer à côté de quelque chose et la comparaison de sa vie avec celle des autres. Ou la technologie de pacotille – comme le sucre, le temps passé futilement devant l’écran et la pratique des jeux vidéo produisent énormément de dopamine. Nous voulons guider les jeunes vers une consommation de technologies saines. Des technologies qui mènent à la création de liens édifiants, à la créativité, à l’apprentissage et à tout type de pratiques d’autosoins.

C’est le sujet de mon dernier livre. Mais vraiment, nous devons apprendre aux enfants à consommer les technologies de la même manière que nous leur montrons à adopter une alimentation saine. ll faut commencer tôt et être répétitif. Et il faut se rappeler qu’il ne s’agit pas d’une conversation ponctuelle.

Nicole Welbanks

Si on pense à tous ces centres d’intelligence qui fonctionnent de concert, quel conseil nous donneriez-vous pour nous aider à trouver l’équilibre entre tous ces centres?

Dre Shimi Kang

Oui, et je tiens à mentionner au sujet de la technologie que ça ne concerne pas juste les enfants, n’est-ce pas? Les adultes, et tout le monde, nous devons tous faire l’inventaire de notre consommation de technologies.

Donc, je pense que trouver le juste équilibre est simple, mais pas facile. Et en fait, on sait comment y arriver. Cela ne veut pas dire qu’on le fait. C’est assez simple de boire de l’eau, de dormir, de sortir de la maison. On a pour la plupart déjà entendu ces conseils. Et cela ne veut pas dire qu’on le fait.

Nous devons arriver à les appliquer constamment, en prendre l’habitude. Donc, il est difficile de se débarrasser des mauvaises habitudes à cause des petites doses de plaisir que nous procure la dopamine, tandis que les bonnes habitudes sont récompensées à plus long terme.

Mais la bonne nouvelle est que notre cerveau est neuroplastique. Cela veut dire qu’on peut toujours changer, on peut toujours développer de nouvelles habitudes. Prenons l’exemple d’un sentier dans la forêt : si on continue de marcher sur ce sentier, il deviendra éventuellement une autoroute. Alors, pour vraiment maintenir un équilibre dans la vie, les choses simples, mais pas faciles, les autosoins pour le cerveau-intestin, la connexion pour le cerveau-cœur, et le jeu, la récréation; pensez à ce mot : recréer.

Commencez par prendre une petite habitude et une microhabitude de deux minutes par jour comme le recommande la science. Trouvez un groupe qui vous intéresse. Joignez-vous à un groupe de clavardage ou à un groupe de marche; on se porte beaucoup mieux lorsqu’on fait les choses socialement. Accordez-vous une toute petite récompense, pas après trois mois, mais après sept jours d’application de deux minutes.

Renforcez cette habitude avec quelque chose que vous faites déjà, ou avec quelque chose que vous trouvez déjà amusant. Par exemple, quand j’ai essayé de méditer, j’ai commencé par deux minutes, je me suis jointe à un groupe et je l’ai fait tout de suite après m’être lavé les dents. Et un jour, je me suis récompensée en prenant un bain moussant et en mangeant devant la télé sans me sentir coupable. On veut donc renforcer de nouvelles habitudes. C’est pourquoi on trouve les habitudes simples, mais pas faciles. On le sait, cela ne veut pas dire qu’on le fait.

Nicole Welbanks

Vous savez, il est évident, je pense, pour nous tous, que le monde bouge très rapidement sur tant de fronts, et que la capacité à s’adapter, à créer et à innover est tellement importante. Si vous pouviez nous donner quelques conseils, que pouvons-nous faire pour améliorer ces compétences cérébrales?

Dre Shimi Kang

Oui, alors, les trois choses : le jeu, les autres, le temps d’arrêt. Demandez-vous quel score vous vous accorderiez pour chacun de ces aspects.

Certaines personnes réussissent très bien à prendre soin d’elles-mêmes, mais elles sont plutôt isolées et mangent leurs repas devant, vous savez, l’ordinateur. Elles ont donc besoin de plus de contacts. Elles doivent, vous savez, aller sur FaceTime ou appeler un ami.

Demandez-vous comment vous vous en tirez pour le jeu, accordez-vous un score, puis essayez d’améliorer un petit peu une chose à la fois. Le jeu est vraiment fascinant. Il y a sept, huit différents types de jeux. On n’a pas tous à faire la même chose. Certaines personnes aiment le jeu qui implique des mouvements corporels. Par exemple, le yoga, les exercices Pilates, la randonnée pédestre ou la danse.

D’autres aiment le jeu social. D’autres vont même aimer quelque chose comme la visualisation. Fermer les yeux et imaginer son avenir ou ses objectifs signalent aux trois systèmes nerveux où vous voulez être, un peu comme un radiophare, pour vous débarrasser des bêtises et du bruit.

Donc, ces pratiques, vous savez, qui consistent à fermer les yeux et à penser à des choses positives, peu importe que vous les ayez apprises de la neuroscience ou de la bouche de votre grand-mère. Ces pratiques offrent réellement des bienfaits dans notre monde en constante évolution où les trois plus grandes menaces sont le stress, la solitude et le perfectionnisme, dont nous n’avons pas beaucoup parlé, mais qui représente une tendance à la hausse. Nous devons jouer plus. C’est le contraire du perfectionnisme. Entrer plus souvent en contact avec les autres, adopter des habitudes, et simplement se reposer et prendre ce temps d’arrêt.

Nicole Welbanks

Docteure Kang, ceci a été une autre conversation fascinante. Je tiens à vous remercier pour les excellents renseignements que vous nous avez fournis et pour toutes les idées pour lesquelles vous nous avez donné matière à réflexion. Je pense que vos commentaires sont exactement ce dont nous avons tous besoin pour nous épanouir en 2022.

Dre Shimi Kang

Merci infiniment, Nicole Quelle conversation fascinante! Je tiens à rappeler à tout le monde que cette science vous appartient. Personne n’est exclu de la puissance de ses trois cerveaux que procurent l’endorphine, l’ocytocine et la sérotonine. Alors, maintenez et communiquez ce message sur le jeu, les autres et le temps d’arrêt.

Et pour conclure, vous connaissez peut-être l’équation du succès en deux parties. L’une d’elles est la survie du plus apte, qui est en fait l’adaptabilité, la meilleure façon de composer avec un monde en constante évolution. La deuxième est la diversité des espèces. Donc, quand on joue, quand on entre en contact avec les autres, quand on prend soin de soi, c’est notre façon la plus rapide, la plus agréable et la plus efficace de parvenir à cette adaptabilité et à cette diversité. Merci infiniment de m’avoir accueillie aujourd’hui.

Nicole Welbanks

Merci encore à ceux qui nous écoutent. N’hésitez pas à partager cet enregistrement avec toute personne qui, selon vous, en profitera. Pour en apprendre davantage sur la Dre Shimi Kang et son travail, visitez son site Web : www.drshimikang.com. À la prochaine, et passez une bonne journée.

Votre cerveau est la chose la plus sophistiquée de tout l’univers, et il adore jouer, essayer de nouvelles choses et apprendre par essai et erreur.

Regardez notre entretien avec la Dre Shimi Kang pour apprendre comment le fait d’adopter un esprit ludique peut vous aider à composer avec la vie, à vous adapter et à innover. Elle explique comment on peut passer du stress à la croissance en écoutant les messages que le corps nous envoie.

Suivez notre série d’articles et d’entrevues créée pour nous faire tous réfléchir à notre façon de penser.

Shimi Kang est une médecin primée, une chercheuse et une experte en neuroscience de l’innovation, du leadership et de la motivation. Elle propose des solutions fondées sur des données scientifiques pour favoriser la santé, le bonheur et l’accomplissement au travail, en classe et à la maison. La Dre Kang est professeure agrégée clinicienne à l’Université de la Colombie-Britannique, auteure à succès et conférencière d’honneur.

Pour en savoir plus, rendez-vous à l’adresse drshimikang.com.

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