Conçue pour la santé – Interactions – Le système d’intelligence du cœur

Transcription

Transcription d’une entrevue de la série Conçue pour la santé – Interactions 

[Présentateur]

Nous possédons tous un système d’intelligence humaine intrinsèque. Mais comment nous en servir pour atteindre la santé, le bonheur et la réussite? Aujourd’hui, dans le cadre de la série Conçue pour la santé – Interactions, nous voyons comment nous rapprocher de ces objectifs en écoutant ce que notre cœur nous dit. Voici votre animatrice, Nicole Welbanks.

[Nicole Welbanks]

Au nom de l’Assurance collective Manuvie, bienvenue à Conçue pour la santé – Interactions.

Je m’appelle Nicole Welbanks, et aujourd’hui, j’ai le plaisir de discuter avec la Dre Shimi Kang.

Dre Kang est médecin, chercheuse et experte en neuroscience de l’innovation, du leadership et de la motivation. Elle est professeure clinicienne à l’Université de la Colombie-Britannique, auteure à succès et conférencière d’honneur. Elle s’emploie à fournir des solutions fondées sur la science pour favoriser la santé, le bonheur et l’accomplissement au travail, en classe et à la maison.

Dre Kang, nous sommes ravis que vous puissiez vous joindre à nous aujourd’hui.

[Dre Shimi Kang]

Merci infiniment, madame Welbanks! Je suis très heureuse de ma présence ici et de cet entretien.

[Nicole Welbanks]

Alors, Dre Kang, vous nous avez éclairés sur l’éventail complet des façons dont les gens traitent l’information, l’utilisent et y réagissent. Dans un article récent, vous avez expliqué que les gens ont plus d’un cerveau sur lequel compter. En fait, vous dites qu’on trouve de multiples centres d’intelligence dans le corps humain.

Et je crois qu’il est essentiel de les comprendre pour traverser cette période sans précédent que nous vivons tous et pour réfléchir aux défis auxquels font face les employeurs, les gestionnaires, les équipes et les personnes.

Nous avons besoin d’aide pour rétablir les liens et nous réacclimater.

Donc, pour commencer, pouvez-vous nous aider à comprendre la science derrière ces centres d’intelligence?

[Dre Shimi Kang]

Oui, et j’ai amené mon ami, ici, pour m’aider. Ce savoir scientifique est inestimable et, à titre de psychiatre depuis près de 20 ans et de neuroscientifique, j’estime qu’il appartient à tout le monde.

Posséder ces connaissances nous permet d’accomplir ces actions simples, mais non pour autant faciles, comme dormir, créer des liens et respirer profondément. On est plus motivé parce que l’on comprend le pourquoi.

Donc, nous avons un cerveau intestinal. Il est très, très sensible aux émotions primaires que sont la peur et l’insécurité.

D’ailleurs – et c’est une anecdote, qui, selon moi, est très intéressante –, pendant les guerres mondiales, lorsque les soldats subissaient des chirurgies et que leurs intestins étaient ouverts – l’image est un peu sordide –, les chirurgiens pouvaient voir les intestins se contracter ou se détendre selon ce qui se passait autour, le stress environnant.

C’est le siège de l’intuition. C’est pour cette raison que j’ai parlé de respirer, de respirer par le ventre et de respirer profondément dans le premier blogue. C’est un centre très puissant.

Aujourd’hui, je pense que nous pourrions parler du cerveau cardiaque. Notre cœur possède des neurones très utiles pour nos relations sociales.

Puis, il y a notre grand cerveau, notre tête. Là où interviennent les « processus cognitifs ». Il a accaparé presque toute l’attention et fait couler beaucoup d’encre depuis de très, très nombreuses années. Or, je pense qu’il est temps que nous comprenions que nous avons de multiples centres d’intelligence.

[Nicole Welbanks]

Oui, dans votre article, vous avez parlé de l’importance d’écouter nos intestins. J’ai trouvé que c’était une fascinante entrée en matière sur le thème du système d’intelligence humaine. D’ailleurs, j’invite tous nos auditeurs à le consulter dans notre salle de presse. Vous trouverez un lien ci-dessous.

[L’URL suivante s’affichera à l’écran : www.manuvie.ca/entreprises/nouvelles/assurance-collective.html.]

Mais, oui, aujourd’hui, nous montons vers le haut du corps et parlons des réseaux neuronaux dans notre cœur.

C’est notre cœur, n’est-ce pas, qui nous pousse à tisser des liens sociaux?

[Dre Shimi Kang]

Tout à fait, alors laissez-moi empoigner mon cœur. Et voilà.

Le cœur. Beaucoup de gens le perçoivent comme une pompe. Une pompe mécanique avec quatre chambres qui sert en gros de système de plomberie.

Mais dans les années 1990, on a découvert des neurones dans le cœur et, depuis, on le qualifie d’organe psycho-neuro-immunologique. Ce très long mot signifie que notre cœur répond à notre psyché, à nos pensées, à nos émotions. Quand nous nous sentons connectés, nous libérons une neurohormone très puissante, l’ocytocine, directement dans notre sang. C’est ce qui nous donne un sentiment de connexion, de confiance et d’appartenance.

Si nous nous sentons déconnectés, seuls, que nous vivons des difficultés, par exemple dues à la culture d’entreprise ou à de l’intimidation dans le système scolaire, notre cœur envoie de l’adrénaline, qui est très puissante. Il nous pousse vers la réaction au stress dont j’ai parlé dans notre premier blogue.

Bref, le cœur répond à nos pensées et à nos émotions, psychologiques et neurologiques. Il est lié à notre système nerveux, à notre réaction de paralysie, de combat ou de fuite. Sans compter qu’il joue un rôle très important dans notre système immunitaire. C’est ainsi que nous savons que le stress peut avoir un effet sur notre cœur et notre bien-être.

Donc, le cœur mène le bal de bien des façons, car nous sommes des êtres sociaux et que nos liens sociaux lui sont si importants.

[Nicole Welbanks]

C’est fascinant. Comment usons-nous de notre cerveau cardiaque pour prendre de meilleures décisions ou inspirer les autres?

[Dre Shimi Kang]

Comme je l’ai mentionné, la vraie compétence première du cerveau cardiaque a trait à nos relations et à nos connexions les uns avec les autres. Et je suis très heureuse d’apprendre qu’on parle beaucoup plus d’empathie, de culture d’entreprise, de collaboration; bref, du passage de systèmes d’enseignement et de lieux de travail concurrentiels à un monde plus collaboratif au 21e siècle.

Tout ça s’harmonise avec la neuroscience humaine. Nous sommes faits pour vivre en collectivité.

J’aime donner un conseil aux gens qui se sentent amorphes, un peu déprimés pendant cette pandémie ou en général, car nous savons que le stress était la plus grande pandémie avant la pandémie. S’il y a une chose qui vous remontera le moral, vous donnera de l’énergie, et vous injectera une dose de ces merveilleuses hormones – la dopamine et l’ocytocine – c’est bien l’« euphorie de l’aidant ».

Donc, lorsque nous interagissons avec d’autres et contribuons à leur bien, au sein de notre famille, de notre lieu de travail ou de notre collectivité, surtout à notre façon bien à nous, et il n’est pas question ici de bénévolat, mais d’offrir quelque chose, d’établir un lien ou d’apporter une contribution en sentant que nous sommes particulièrement bien placés pour le faire,

cette euphorie de l’aidant, c’est la motivation liée à la mission. C’est la plus puissante forme de motivation, et celle qui stimule le cœur. Donc, nous sommes vraiment des êtres sociables, nourris par les interactions et le sentiment d’aider les autres.

[Nicole Welbanks]

Changeons légèrement de sujet.

Parfois, on pourrait croire que penser avec son cœur n’est pas la bonne chose à faire.

Qu’en pensez-vous?

[Dre Shimi Kang]

C’est très intéressant.

Nous valorisons beaucoup la logique, je dirais, depuis le début du système d’emploi de la main-d’œuvre et des salles de classe.

Avant ça, au cours de l’histoire nous avons été des chasseurs et des cueilleurs pendant 70 000 ou 80 000 ans. C’est à cette époque que notre système nerveux et nos prédispositions ont évolué. Donc, nous sommes réellement faits pour fonctionner en groupe, être dans la nature et faire toutes sortes de choses merveilleuses.

Nous avons été des agriculteurs pendant environ 10 000 ans. L’ère de l’agriculture a été suivie de la révolution industrielle, puis est arrivé le milieu de travail moderne, basé sur le modèle des manufactures. Ensuite est venue la salle de classe moderne, où les enfants s’assoient en rangées, comme dans une manufacture.

À l’époque, le savoir n’était pas instantanément accessible. Il fallait trouver un enseignant, un mentor ou un livre pour recueillir des renseignements. La logique, les connaissances, les compétences cognitives du cerveau gauche sont donc devenues une mesure du succès, du savoir et du rendement. On a commencé à survaloriser les compétences techniques et logiques du cerveau gauche.

Puis, bien sûr, le monde a changé, et on n’a plus besoin de connaître la réponse à tout. Il suffit de savoir entrer la bonne question sur Google pour l’obtenir.

Et on a commencé à entendre parler de quotient émotionnel, d’empathie et de lien émotionnel. Au départ, on a cru ces notions étroitement liées au cerveau droit. Mais, à présent, on sait que le tout est intrinsèquement lié au cœur par le « nerf vague ». Donc, au fond, ces notions relèvent du cœur.

Ainsi, quand on se penche sur l’intelligence émotionnelle, sur la faculté à faire preuve d’empathie, à communiquer, à lire les expressions faciales et le langage corporel pour se faire une vue d’ensemble, ce sont toutes des aptitudes associées au cœur.

Donc, aujourd’hui, on sait – et c’est ce dont, à mon avis, on doit tenter de convaincre les détracteurs – que la créativité, la collaboration et la communication étant les compétences clés du 21e siècle et du 22e siècle, on veut utiliser notre cœur beaucoup plus et éliminer cette stigmatisation du passé. Mais c’est de là qu’elle vient.

[Nicole Welbanks]

Alors, comment pouvons-nous reconnecter avec notre cœur?

Peut-on l’avoir désactivé ou négligé? Si c’est le cas, quels conseils donneriez-vous aux personnes qui souhaitent lui redonner une place dans leur vie quotidienne?

[Dre Shimi Kang]

Alors, pour les intestins, j’ai parlé de prendre soin de soi, de pleine conscience, d’exercices de respiration.

Le cœur, lui, est centré sur les liens. Donc, un exercice serait simplement de pratiquer la gratitude,

sous quelque forme que ce soit, qu’il s’agisse de trois choses, d’être reconnaissant d’aller au lit ou, au moment de boire de l’eau, de la savourer et d’être reconnaissant d’avoir de l’eau saine et propre.

Peu importe la façon choisie, pratiquer la gratitude est l’activité numéro un liée à une meilleure santé, au bonheur et à des relations sociales positives.

Donc, c’est simple, mais pas facile. Alors, pratiquez la gratitude et vous produirez de l’ocytocine. Vous calmerez votre système nerveux.

J’aime dire que tout ce que vous ne feriez pas si vous étiez pourchassé par un tigre est bon pour votre système d’intelligence humaine. Vous ne seriez jamais reconnaissant si vous étiez poursuivi par un tigre.

Bref, c’est une des grandes façons de renforcer notre cerveau cardiaque. L’autre point à souligner, c’est qu’entretenir un lien social, ce n’est pas socialiser ni avoir un statut social ou utiliser les médias sociaux. Nous voulons approfondir nos liens sociaux constructifs.

[Nicole Welbanks]

Merveilleux. Si nous pensons au retour au bureau, en 2022, espérons-le, quels conseils donneriez aux gestionnaires afin d’apprivoiser leur cœur pour nouer des liens avec leur équipe de nouvelles façons

et, encore une fois, pour aider les gens à mieux se remettre dans le bain tandis que nous tentons de revenir à la normale?

[Dre Shimi Kang]

Je vais commencer par des choses très simples. Essayons d’amener les gens à se regarder de nouveau, que ce soit ou non par vidéo; nous devons voir les yeux des autres, leurs visages.

Ils activent les neurones miroirs, qui eux renforcent nos liens. Eux renforcent nos liens.

Il n’y a rien de mal avec les masques, mais on en a été privés, que ce soit à cause de la distanciation sociale, des masques ou du fait de ne pas se voir.

Donc, favorisez les interactions sociales en personne ou grâce à la technologie. J’appelle ça la « technologie saine ». Plutôt que d’envoyer un courriel ou un message texte, pourquoi ne pas appeler pour entendre cette voix qui vous manque ou vous rendre au bureau si vous le pouvez. Tout ça ne demande que peu d’efforts.

Ce qui est plus difficile, c’est de renouer avec la culture d’entreprise en faisant preuve d’une réelle ouverture.

Donc, si vous êtes un gestionnaire, que vous faites preuve d’ouverture envers votre équipe, faites des erreurs et apprenez par essais et erreurs,

l’adaptabilité est une compétence clé. Nous avons tous eu à nous adapter pendant cette pandémie, mais envoyez comme message à votre équipe que vous acceptez cette réalité, que vous comprenez que c’est une voie vers l’innovation. Et prenez le temps d’apprendre à vous connaître.

Posez-vous ces petites questions à la fontaine d’eau ou à l’ascenseur : « Comment s’est passée ta fin de semaine? », « Comment vas-tu? »

Privilégiez ces micro-interactions sociales. Bien sûr, dans tout lieu de travail, vous voulez aussi offrir de l’aide, comme des ressources sur la santé mentale au travail ou des services de consultation.

Et ayez du plaisir : activités sociales, blague de la journée, énigme… Tout cela, surtout quand nous le faisons en groupe, nous fait libérer des endorphines et de l’ocytocine, et nous tissons des liens en riant ensemble.

Il existe tellement de façons d’améliorer et d’activer le cerveau du cœur.

[Nicole Welbanks]

Pouvez-vous nous donner des exemples où écouter son cœur a vraiment aidé une personne ou un gestionnaire à prendre la bonne décision?

[Dre Shimi Kang]

Wow, oui, et même des exemples tirés de ma propre vie.

Et on peut penser à certains PDG très connus. Steve Jobs parlait souvent d’écouter son cœur, même s’il était très exigeant en ce qui concerne, par exemple, les compétences techniques et la conception.

En fait, le cœur est connecté à l’ensemble de notre système nerveux, comme je l’ai déjà dit, par l’intermédiaire du nerf vague. Donc, parfois, notre tête, qui comprend le néocortex, ici, donc le cerveau pensant, tente de nous convaincre d’ignorer notre intuition.

Si je repense au début de mes études en médecine, je ne connaissais pas grand-chose aux médecins ou à leur profession. Je n’en avais pas dans ma famille.

Un ami éloigné de la famille, un oncle en quelque sorte, était chirurgien oculaire, et c’est tout. J’avais en tête de devenir chirurgienne de la vue et j’ai tout fait pour y arriver, ce qui a été très difficile.

Puis, à la toute dernière minute, j’ai fini par faire une demande de stage en recherche. J’ai été placée à Genève, en Suisse, à l’Organisation mondiale de la santé, au département de psychiatrie et de santé mentale.

Et j’ai adoré ça!

Mon projet traitait de l’empreinte mondiale des tendances en matière de santé mentale et j’étais captivée. Mon cœur me poussait à me tourner à la dernière minute vers la psychiatrie et la santé mentale.

Ma logique, elle, me disait que je venais de passer de très nombreuses années à me rendre à ce stade de mes études pour obtenir une place en chirurgie oculaire.

Donc, j’ai dû beaucoup réfléchir, me retrouver dans la nature, me calmer, échapper à ma réaction au stress et vraiment écouter mon cœur.

Puis, à la dernière minute, j’ai changé de direction. Et je suis tellement contente de l’avoir fait, parce que c’est là qu’est ma place, et mon cœur le savait, mais ma tête essayait de m’en dissuader.

[Nicole Welbanks]

Je pense que c’est un excellent moment pour conclure. Quelle belle anecdote tirée de votre expérience personnelle!

Dre Kang, cette conversation a été des plus intéressantes et vous nous avez donné beaucoup à réfléchir.

Merci de vous être jointe à nous aujourd’hui.

[Dre Shimi Kang]

Merci madame Welbanks. Quelles excellentes questions! J’ai hâte à notre prochaine discussion.

[Nicole Welbanks]

Au nom de tous ceux qui nous regardent, je vous remercie pour ces précieux renseignements et nous attendons impatiemment notre prochaine conversation, où nous aborderons le troisième cerveau. Celui que nous devrions tous connaître, notre tête.

Ne ratez pas cette entrevue, qui suivra sous peu.

Pour en apprendre davantage sur la Dre Shimi Kang et son travail fascinant, visitez son site Web : www.drshimikang.com.

Merci d’avoir été des nôtres.

Connaissez-vous bien votre propre « système d’intelligence humaine »? Saviez-vous que vous aviez plus d’un cerveau?

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Regardez notre entretien avec la Dre Shimi Kang pour comprendre la science derrière les nombreux centres d’intelligence qui se trouvent dans le corps humain (en anglais seulement). Elle explique comment passer du stress à la croissance en écoutant les messages que le corps nous envoie.

Invitée en entrevue : Dre Shimi Kang

Shimi Kang est une médecin primée, une chercheuse et une experte en neuroscience de l’innovation, du leadership et de la motivation. Elle propose des solutions fondées sur des données scientifiques pour favoriser la santé, le bonheur et l’accomplissement au travail, en classe et à la maison. La Dre Kang est professeure agrégée clinicienne à l’Université de la Colombie-Britannique, auteure à succès et conférencière d’honneur.

Pour en savoir plus, rendez-vous à l’adresse drshimikang.com.