Brett Marchand
Chef, Produits et services d’épargne-retraite Canada
La Compagnie d’Assurance-Vie Manufacturers

Par curiosité, j’ai fait une recherche sur Internet sur la « façon de piloter un sous-marin » (on ne sait jamais quand ça nous sera utile, n’est-ce pas?). J’ai trouvé des instructions exposées en 1 724 mots. Puis, j’ai fait une recherche sur « les moyens de prendre une retraite confortable » et constaté que la publication affichée en premier comprenait plus de 2 200 mots.

Comment cela est-il possible? Avons-nous fait en sorte qu’épargner en vue de la retraite soit plus compliqué que piloter un cylindre d’acier dans l’océan à des centaines de mètres de profondeur?

Je l’admets : mon expérience n’a rien de scientifique et je ne peux garantir la crédibilité de ni l’un ni l’autre de ces articles, mais l’exercice nous donne une petite idée des raisons pour lesquelles le Canada connaît actuellement une crise en matière de bien-être financier.

Manque d’inspiration

Bien que le secteur des services financiers offre des séminaires et des ateliers aux employés depuis des années et qu’il ait créé des calculateurs et des modèles d’établissement d’un budget pour aider les gens à gérer leur argent, ses efforts de sensibilisation sont restés vains pour un trop grand nombre de Canadiens. Selon l’étude de référence Manuvie sur le bien-être financier, 40 % des Canadiens sont toujours mal en point financièrement. La plupart d’entre eux ont déclaré posséder peu de connaissances en matière de placement (56 %) et seulement 2 personnes sur 10 environ demandent l’aide d’un conseiller financier1.

On suppose qu’une mauvaise santé financière est l’une des causes de faillite, et les statistiques sur l’insolvabilité du gouvernement fédéral abondent dans le même sens : au Canada, les faillites ont augmenté de 3,2 % au cours de la période de 12 mois terminée en février 20192.

Les Canadiens méritent mieux que ça. Il serait inacceptable que les enseignants puissent inspirer seulement la moitié de leurs élèves. Il est donc inacceptable qu’un aussi grand nombre de Canadiens ne soient pas en bonne santé financière, alors que c’est le rôle de notre secteur de les aider à rester en santé financièrement. Si nous nous préoccupons réellement des gens que nous servons, je crois que notre secteur doit découvrir les raisons pour lesquelles il n’est pas à la hauteur.

Nous évoluons dans le domaine de la santé financière

Notre rôle consiste à concevoir des outils permettant aux Canadiens de jouir d’une bonne santé financière et, surtout, de leur montrer à se servir de ces outils. De nos jours, cependant, de moins en moins de personnes profitent du séminaire traditionnel sur la planification de la retraite. Dans bien des cas, celles qui en profitent rapportent les documents d’information à la maison et les posent sur le frigo – bien qu’elles aient l’intention de s’en occuper plus tard. Or, les employeurs consacrent du temps et des ressources pour organiser ce genre de séminaire.

Quand j’y réfléchis, je repense aux séries éliminatoires de hockey de cette année. Durant les interviews, les joueurs ont expliqué qu’ils ne songeaient pas à l’avance à gagner la Coupe, mais qu’ils franchissaient une série à la fois, un match à la fois, un changement à la fois. En matière de planification de la retraite, j’ai l’impression que nous avons fait tout le contraire. Nous nous sommes concentrés sur le long terme.

Depuis toujours, nous commençons par demander aux employés de se fixer un objectif de retraite – même si trente ou quarante ans les séparent de leur départ à la retraite (ils en sont peut-être à leur première semaine sur le marché du travail!).

Nous leur parlons ensuite de l’importance de cotiser tôt et souvent et de maximiser les programmes de cotisations patronales de contrepartie, ainsi que d’une foule d’autres concepts importants, mais potentiellement intimidants. Demandons-nous aux employés d’assimiler un trop grand nombre d’informations à la fois? Cette façon de faire a-t-elle comme effet de les désintéresser, de les rebuter, avant même qu’ils n’aient pleinement saisi l’importance de leurs décisions?

Quand j’observe mes collègues de l’Assurance collective, je les entends parler des formidables innovations dans les soins de santé qui entraînent de remarquables améliorations dans la vie des gens. Grâce à une nouvelle technologie prêt-à-porter, ils peuvent récompenser les employés qui adoptent des comportements sains. Ils amènent les gens à apporter de petits changements dans leur vie qui se traduisent par des améliorations durables de leur santé. Nous savons que la santé physique va de pair avec la santé financière; je crois donc que nous devons adopter une approche semblable.

Nous devons trouver de nouveaux moyens d’inspirer les employés. Et pour y arriver, nous devons approcher la formation financière d’une toute nouvelle façon.

De nos jours, la formation passe par le numérique

Il est utile d’observer la manière dont les collèges et les universités du Canada entrent en contact avec leurs étudiants. Selon le sondage de 2018 sur les établissements d’enseignement postsecondaires effectué par l’Association canadienne de recherche sur la formation en ligne, plus d’un million d’inscriptions à des cours en ligne ont été comptabilisées (pendant la période 2016-2017). La majorité (83 %) des établissements offrent une certaine forme de formation en ligne. Les vidéos (65 %), les cours magistraux en ligne (64 %), la technologie mobile (55 %) et les médias sociaux (48 %) sont les technologies les plus souvent utilisées3.

Le secteur des services financiers utilise les mêmes technologies, mais il en fait des ajouts plutôt que de les placer au cœur de ses mesures de formation. Pour rester à jour avec le reste du monde, il est temps de « miser le tout pour le tout » et de faire en sorte que la formation financière devienne une expérience digeste, sur demande et divertissante à laquelle les gens veulent consacrer du temps et prendre part.

Comment améliorer la formation des employés

Simplifions les choses

  • Il faut passer par le numérique. Si les gens sont aujourd’hui de moins en moins nombreux à magasiner au centre commercial, combien pouvons-nous espérer voir assister au séminaire?
  • Il faut offrir la formation sur demande. Aujourd’hui, les consommateurs veulent obtenir l’information désirée dans le format de leur choix, au moment qui leur convient.
  • Il faut fournir l’information à petites doses. Les gens ne songent pas à la retraite quand ils arrivent à peine à rembourser leur prêt étudiant ou à payer leur facture d’épicerie. Nous devons leur montrer que de petits changements faciles à gérer peuvent les aider à atteindre l’objectif financier le plus important qu’ils doivent poursuivre aujourd’hui. Aidons les gens à se prouver qu’ils sont capables d’épargner à court terme afin qu’ils deviennent des champions de la planification financière à long terme.

Rendons l’exercice divertissant

  • Épargner doit être intéressant, ce qui implique souvent un élément de divertissement. Voilà tout un changement pour nous, puisque l’argent est une affaire sérieuse. Mais nous vivons à une époque où le divertissement est accessible instantanément et constitue une distraction énorme pour notre public. À tout le moins, nous devons amener les clients à percevoir favorablement la planification financière. Pensez-y : quand nous arrivons à faire sourire une personne, cela déclenche en elle une réaction chimique agréable. Ce lien positif pourrait suffire à surmonter l’intimidation et la procrastination pour laquelle nous avons tous, en tant qu’humains, tendance à opter lorsque nous devons prendre des décisions financières importantes.

Mettons-y une touche personnelle

  • Une fois que nos clients se sont préparés et qu’ils ont cherché la formation numérique désirée, nous devons consolider le tout en leur offrant une expérience réellement personnelle. Avant d’apporter des changements à leurs finances, 34 % des Canadiens consultent généralement un conseiller4. Ces conversations individuelles peuvent se dérouler en personne, mais elles peuvent aussi prendre d’autres formes : rencontre en ligne, séance de clavardage, échange de textos, etc.

Occasions de microapprentissage

À Manuvie, nous allons de l’avant en créant une série de brèves vidéos qui expliquent des concepts financiers de base. C’est ce que nous appelons des occasions de microapprentissage. Les vidéos sont purement éducatives, accessibles au public, et nous avons essayé de nous amuser avec des sujets qui ne sont généralement… pas très amusants. Il existe certainement d’autres très bons exemples sur le marché, mais notre secteur a beaucoup de pain sur la planche pour rattraper le temps perdu. Le sujet ne sera peut-être jamais aussi fascinant que la « façon de piloter un sous-marin », mais je crois qu’il est d’une importance capitale pour les millions de Canadiens qui ont du mal à parvenir à la santé financière.

1Étude de référence Manuvie sur le bien-être financier – 2016
2Bureau du surintendant des faillites du Canada, 2019 (https://www.ic.gc.ca/eic/site/bsf-osb.nsf/fra/br04074.html)
3Sondage national sur la formation à distance et l’apprentissage en ligne 2018, par l’Association canadienne de recherche sur la formation en ligne, 2018 (https://formationenlignecanada.ca/publications-2018/)
4Étude de référence Manuvie sur le bien-être financier – 2016