Donna Carbell
Chef, Assurance collective, Manuvie Canada

Pour modifier le comportement humain, peu de choses surpassent les connaissances médicales. Prenez le cas des cendriers. Il y a quelques décennies, avant que les gens comprennent vraiment les effets du tabagisme sur la santé, il y avait des cendriers partout : dans les maisons, dans les bureaux, dans les restaurants et même dans les cabinets médicaux. Aujourd’hui, la disparition quasi totale des cendriers témoigne d’un important changement des habitudes, des comportements et de la santé. De même, je pense que dans quelques années, nous nous demanderons comment nous avons pu prendre des médicaments sur ordonnance sans tenir compte de notre bagage génétique personnel.

La nouvelle ère de la médecine personnalisée

Les progrès scientifiques et technologiques s’accompagnent d’un degré de personnalisation sans précédent en matière de soins de santé. Grâce à la médecine personnalisée, les médecins ont accès à de nouvelles informations leur permettant de prescrire les traitements qui conviennent le mieux à la physiologie de chaque patient.

Parmi les éléments caractérisant la médecine personnalisée, on peut citer la pharmacogénétique, un terme qui évoque des images de science-fiction et qui désigne l’étude du code génétique d’un patient en vue de permettre aux médecins de comprendre comment son organisme réagira à un médicament. Je crois que la pharmacogénétique est l’avenir de l’industrie pharmaceutique, y compris des régimes d’assurance médicaments; elle promet à la fois l’amélioration de la santé des patients et une meilleure utilisation des ressources financières des payeurs des secteurs public et privé.

La médecine personnalisée au service de la santé mentale

Selon les faits et statistiques du Centre de toxicomanie et de santé mentale, chaque semaine, un demi-million d’employés canadiens ne sont pas en mesure de travailler en raison de problèmes de santé mentale. Cela comprend 355 000 personnes en période d’invalidité1 et 175 000 personnes qui téléphonent au bureau pour se déclarer malades2. Nous savons aussi qu’environ la moitié (49 %) des Canadiens qui estiment avoir souffert de dépression ou d’anxiété (les problèmes de santé mentale les plus répandus) n’ont pas cherché à obtenir une aide médicale3. La solution consiste notamment à faciliter l’accès à un traitement, en personne ou au moyen des nouveaux outils virtuels de soins de santé qui mettent en rapport les patients avec les fournisseurs par l’intermédiaire d’un ordinateur ou d’une application mobile. L’amélioration de l’expérience des patients quand ils cherchent à obtenir cette aide contribuera aussi à un rétablissement et à un retour au travail plus rapides. 

La pharmacogénétique peut aider les médecins à prescrire les antidépresseurs et les anxiolytiques qui produiront les meilleurs résultats pour leurs patients. Cela se révèle plus facile pour les patients, qui évitent ainsi l’ancien processus impliquant des semaines d’essais (et de possibles erreurs) durant lesquelles s’alternaient la prise d’un médicament pendant une certaine période et l’évaluation de l’efficacité du médicament par le médecin. Si les résultats étaient médiocres, les patients passaient à la thérapie suivante, et ainsi de suite. Ce cycle peut être difficile pour eux en attendant de trouver le traitement qui produira les meilleurs résultats. Leur quotidien et leurs relations familiales peuvent en pâtir, ce qui peut donner lieu à des problèmes de relations interpersonnelles et de productivité au travail.

Grâce à la pharmacogénétique, les médecins peuvent aussi déterminer rapidement quels médicaments produisent des effets nocifs chez un patient. Les interactions médicamenteuses indésirables sont effrayantes, et possiblement dangereuses. Elles peuvent occasionner des hospitalisations et, par le fait même, entraîner des répercussions personnelles et financières pour les patients, les familles et le système de soins de santé.

La médecine personnalisée et votre régime d’assurance médicaments

Je crois que toute innovation qui permet aux patients d’accéder plus tôt au bon médicament a sa place dans un régime d’avantages sociaux. Dans le cadre d’un programme pilote en cours de mise en œuvre, Manuvie est en train d’étudier les avantages d’intégrer la pharmacogénétique au régime d’assurance médicaments, avec une attention particulière sur l’invalidité.

Des participants au régime souffrant de douleurs chroniques ou de dépression ont été invités à prendre part au projet de médecine personnalisée. Ce groupe comprend des personnes qui gèrent leur problème de santé et sont encore effectivement au travail, ainsi que des personnes en période d’invalidité qui travaillent avec des gestionnaires de dossiers d’invalidité de Manuvie.

Après leur inscription au programme, une compagnie indépendante réalise les tests génétiques, puis les résultats et les recommandations sont transmis à leurs médecins respectifs (les résultats ne sont pas communiqués à l’employeur ou à Manuvie). Le projet a pour objectif de mesurer comment la pharmacogénétique peut améliorer l’état de santé des participants, préserver la productivité au travail et favoriser un retour au travail réussi.

Le projet pilote se poursuivra pendant tout l’été et s’achèvera au début de l’automne, mais les constats à mi-parcours sont prometteurs. Après la communication des résultats des tests génétiques aux médecins :

  • Un peu plus de la moitié (51 %) des ordonnances des patients ont été modifiées (au chapitre de la posologie ou du type de médicament). Le test en lui-même ne signifie pas qu’un changement de posologie ou de médicament est nécessaire, mais il procure un outil supplémentaire auquel le médecin peut recourir.
  • Près de trois quarts (70 %) des médecins ont indiqué être « intéressés » ou « très intéressés » par les résultats des tests génétiques de leurs patients. Cela est important, car la sensibilisation et la formation des médecins en matière de pharmacogénétique sont encore en développement. Par ailleurs, la perception que le patient a du test génétique et de son influence sur son ordonnance est plus importante parmi les participants au régime dont le médecin s’appuie sur les résultats.

Ce n’est qu’un début

Les progrès technologiques aidant, le délai requis pour les tests génétiques continuera de diminuer, tout comme le coût. Plus tard, j’imagine qu’une personne n’aura à faire qu un seul test génétique dans sa vie et les résultats feront peut-être partie intégrante de son dossier médical. Pour remettre les choses en perspective, rappelons que la carte du génome humain a été achevée il y a seize ans seulement, en avril 2003. À peine 50 ans auparavant, James Watson et Francis Crick ont découvert l’ADN. Moins de 70 ans plus tard, nous commençons à adopter une approche tenant compte de la façon dont les patients métabolisent les médicaments prescrits en fonction de leur physiologie.

En regardant en arrière, la prochaine génération se dira certainement : « Cela coule de source. Pourquoi faire autrement? »

1Dewa, Chau, and Dermer (2010). Examining the comparative incidence and costs of physical and mental health-related disabilities in an employed population. Journal of Occupational and Environmental Medicine, 52: 758-62. Number of disability cases calculated using Statistics Canada employment data, retrieved from http://www40.statcan.ca/l01/cst01/labor21a-eng.htm
2https://www.camh.ca/en/driving-change/the-crisis-is-real/mental-health-statistics
3Canadian Mental Health Association (2019). Fast Facts About Mental Illness, retrieved from https://cmha.ca/about-cmha/fast-facts-about-mental-illness